Publié le
09 Mar 2026
Fusion simplifiée (Mère-Fille à 90%+) :

Le commissaire est-il nécessaire ?

image
Anna
Juriste chez MOZAR
google logo
Noté 5/5
starstarstarstarstar
Basé sur + de 50 avis

Quand une société mère absorbe sa filiale à plus de 90 %, la loi prévoit une procédure allégée - mais la dispense du commissaire à la fusion n’est pas automatique et mérite d’être vérifiée.

En savoir plus sur le commissaire aux apports
Sommaire

La fusion simplifiée constitue l'une des opérations de restructuration les plus courantes en droit des sociétés commercial français. Elle permet aux groupes de sociétés de se restructurer rapidement, notamment dans le contexte classique d'une fusion mère-fille. Mais une question revient régulièrement : est-il vraiment nécessaire de désigner un commissaire à la fusion ou à l'apport dans ce contexte ?

Cet article décortique les dispositions des articles L. 236-11 et L. 236-11-1 du Code de commerce pour vous proposer une réponse nuancée. Vous découvrirez quand la dispense est possible et quand elle reste obligatoire, même en fusion simplifiée.

Qu'est-ce que la fusion simplifiée ?

Définition légale

La fusion simplifiée est encadrée par les articles L. 236-11 et L. 236-11-1 du Code de commerce. Elle s'applique lorsqu'une société absorbe une ou plusieurs autres sociétés dont elle possède au moins 90 % des parts ou actions.

Contrairement à la fusion classique, la fusion simplifiée allège considérablement les formalités :

  • Dispense d'approbation par l'assemblée générale de la société absorbante
  • Délais accélérés pour la publication et la prise d'effet
  • Procédure administrative simplifiée

Les deux variantes selon le pourcentage de contrôle

Pourcentage de détention Dispense d'AG absorbante Dispense du vote absorbée Commissaire à la fusion
100 % Oui Oui Dispensé si 100 %
90 % à 99,99 % Oui Non (vote requis) Peut être dispensé
Moins de 90 % Non Non Obligatoire

Le seuil de 90 % n'est pas anodin : il marque le passage d'une fusion « normale » à une fusion « simplifiée ».

Le commissaire à la fusion : dispense possible, mais sous conditions

La fusion à 100 % : la plus simple

Lorsque la société absorbante détient 100 % des actions de la société absorbée, plusieurs simplifications s'ajoutent :

  • Dispense d'AG pour les deux sociétés (absorbante ET absorbée)
  • Dispense automatique du commissaire à la fusion selon l'article L. 236-11 alinéa 1er

Cette situation est la plus courante dans les groupes de restructuration classiques. Un exemple concret : une holding acquiert 100 % d'une filiale et souhaite la fusionner mère-fille. Aucun commissaire à la fusion n'est obligatoire.

La fusion à 90-99,99 % : une demi-simplification

Le scénario devient plus complexe lorsque la détention se situe entre 90 % et 99,99 %. Dans ce cas :

  • La dispense d'AG pour l'absorbante subsiste
  • L'AG de l'absorbée reste obligatoire (vote des minoritaires)
  • Un commissaire à la fusion peut être dispensé, mais sous certaines conditions

L'article L. 236-11 alinéa 2 précise que la fusion à 90 % permet la dispense du commissaire si :

  1. Aucun actionnaire minoritaire (minorité > 5 %) ne s'y oppose
  2. Les deux sociétés satisfont les critères de petite ou moyenne entreprise (sauf cas spécifiques)

En pratique, même à 90 %, il est prudent de désigner un commissaire à la fusion pour éviter tout contentieux ultérieur avec les minoritaires.

Commissaire aux apports vs. Commissaire à la fusion : ne pas confondre

Les deux rôles distincts

C'est un point souvent source de confusion. Il faut distinguer deux missions :

Rôle Champ d'application Dispense possible
Commissaire à la fusion Évalue l'équité du rapport d'échange Oui, dans certains cas
Commissaire aux apports Certifie la valeur des apports en nature Plus restrictive

Pourquoi la distinction importe

Dans une fusion simplifiée à 90-100 %, la dispense du commissaire à la fusion s'explique par l'existence d'une majorité qualifiée de contrôle. En revanche, si la fusion implique des apports en nature (immobilier, brevets, fonds de commerce...), un commissaire aux apports peut rester nécessaire pour certifier ces éléments.

Quand le commissaire reste obligatoire, même en fusion simplifiée

Les situations sans dispense possible

Même en fusion mère-fille, certaines situations exigent le maintien d'un commissaire :

  1. Apports en nature significatifs
    • Un fonds de commerce, un portefeuille immobilier, des actifs intangibles
    • La mission de certification devient incontournable
  2. Fusion impliquant des titres en SARL ou EIRL
    • Les parts de SARL entraînent souvent une exigence de certification plus stricte
  3. Obligations contractuelles ou statutaires
    • Les statuts des sociétés peuvent imposer un commissariat
    • Certains contrats de financement l'exigent
  4. Opposition des minoritaires
    • En fusion à 90-99,99 %, si un minoritaire s'oppose formellement à la dispense, le commissaire devient obligatoire

Le cas des dettes et passifs

Attention : bien que la fusion permette une simplification, le commissaire doit vérifier l'exactitude du passif. Une fusion mal préparée sur ce point peut créer des contentieux post-fusion.

Avantages pratiques de la fusion simplifiée

Gain de temps et d'argent

Rôle Champ d'application Dispense possible
Commissaire à la fusion Évalue l'équité du rapport d'échange Oui, dans certains cas
Commissaire aux apports Certifie la valeur des apports en nature Plus restrictive

Pour un groupe de PME réalisant des fusions régulières, l'économie est substantielle.

Simplification administrative

  • Pas de convocation d'AG pour l'absorbante (économie d'impression, d'envois, de secrétariat)
  • Procédure judiciaire accélérée (dépôt au greffe plus rapide)
  • Prise d'effet immédiate possible sans délai d'attente

Les limites et risques à considérer

Les pièges à éviter

Dispense ≠ Imprudence. Même si la loi autorise la dispense, certains groupes maintiennent un commissaire pour des raisons prudentielles :

  1. Audit interne de qualité
    • Un tiers certifie la fiabilité des données comptables
    • Réduit les risques de réclamation ultérieure
  2. Apaisement des minoritaires
    • Même à 100 %, certaines familles d'actionnaires exigent une expertise indépendante
  3. Conformité bancaire
    • Les banques prêteuses peuvent exiger un rapport d'expert

Conséquences d'une mauvaise anticipation

Omettre à tort la nomination d'un commissaire peut entraîner :

  • Nullité de la fusion si le commissaire était légalement requis
  • Responsabilité des organes sociaux vis-à-vis des créanciers ou actionnaires
  • Retard dans la prise d'effet (en cas de découverte tardive)

Procédure simplifiée : étapes clés

Pour une fusion mère-fille à 100 %

Étape 1 : Rédaction du traité de fusion

  • Définir les apports réciproques
  • Fixer la date d'effet
  • Préciser les modalités de remboursement du capital de l'absorbée

Étape 2 : Approbation des organes sociaux

  • Pour l'absorbante : conseil d'administration ou AG (selon statuts)
  • Pour l'absorbée : idem
  • Pas d'AG requise légalement, mais statuts peuvent l'imposer

Étape 3 : Pas de commissaire requis (sauf apports en nature)

Étape 4 : Dépôt au greffe et publication

  • Délai court : publication légale sous 15 jours
  • Prise d'effet : date prévue au traité ou automatique après publication

Pour une fusion à 90-99,99 %

Les mêmes étapes, mais :

  • AG requise pour l'absorbée (vote des minoritaires)
  • Commissaire à la fusion recommandé (sinon opposition probable)

Tableau récapitulatif : quand le commissaire est-il obligatoire ?

Situation Commissaire à la fusion Commissaire aux apports Recommandation
Fusion 100 %, pas d'apport en nature Non Non Optionnel
Fusion 100 %, apport immeuble/fonds Non Oui Obligatoire
Fusion 90–99,99 %, pas de minorité opposante Non Non Prudence
Fusion 90–99,99 %, minorité opposante Oui Non Obligatoire
Fusion 90–99,99 %, apports en nature Non Oui Obligatoire
Fusion < 90 % Oui Selon apports Obligatoire

Conclusion : une simplification à encadrer

La fusion simplifiée mère-fille à 90-100 % offre une véritable allègement des formalités, y compris la possibilité de dispenser le commissaire à la fusion.

Cependant, cette dispense doit être envisagée avec prudence et lucidité :

Elle est vraiment possible et légale à 100 % sans apports en nature

Elle économise du temps et de l'argent

Elle comporte un risque légal si elle était obligatoire

Elle peut compliquer les relations avec les minoritaires ou les créanciers

Avant de renoncer au commissaire, posez-vous ces questions :

  1. Existe-t-il des apports en nature à certifier ?
  2. Les minoritaires (même 1 %) s'y opposeront-ils ?
  3. Les banques ou créanciers l'exigent-ils contractuellement ?
  4. Y a-t-il un enjeu de valeur importante (>1 M€) justifiant une expertise ?

Pour aller plus loin avec Mozar

La fusion simplifiée est un outil puissant, mais elle exige une compréhension fine des règles. Chez Mozar, nos commissaires aux apports :

  • Analysent votre situation pour déterminer si la dispense est réellement possible
  • Interviennent comme commissaire si nécessaire, ou vous conseillent sur son inutilité

Nous sommes là pour vous aider à transformer
la forme juridique de votre entreprise !

Profitez de notre service rapide et sécurisé pour réaliser votre
transformation juridique en toute simplicité,
100% en ligne et en moins de 72 heures.
éclair image
Optimisez vos apports en toute simplicité
Commander mon rapport
image

278

rapports réalisés

image

100%

de nos entrepreneurs satisfaits

image

72h

le délai maximum de livraison

Ces articles pourraient vous intéresser