La fusion simplifiée constitue l'une des opérations de restructuration les plus courantes en droit des sociétés commercial français. Elle permet aux groupes de sociétés de se restructurer rapidement, notamment dans le contexte classique d'une fusion mère-fille. Mais une question revient régulièrement : est-il vraiment nécessaire de désigner un commissaire à la fusion ou à l'apport dans ce contexte ?
Cet article décortique les dispositions des articles L. 236-11 et L. 236-11-1 du Code de commerce pour vous proposer une réponse nuancée. Vous découvrirez quand la dispense est possible et quand elle reste obligatoire, même en fusion simplifiée.
Qu'est-ce que la fusion simplifiée ?
Définition légale
La fusion simplifiée est encadrée par les articles L. 236-11 et L. 236-11-1 du Code de commerce. Elle s'applique lorsqu'une société absorbe une ou plusieurs autres sociétés dont elle possède au moins 90 % des parts ou actions.
Contrairement à la fusion classique, la fusion simplifiée allège considérablement les formalités :
- Dispense d'approbation par l'assemblée générale de la société absorbante
- Délais accélérés pour la publication et la prise d'effet
- Procédure administrative simplifiée
Les deux variantes selon le pourcentage de contrôle
Le seuil de 90 % n'est pas anodin : il marque le passage d'une fusion « normale » à une fusion « simplifiée ».
Le commissaire à la fusion : dispense possible, mais sous conditions
La fusion à 100 % : la plus simple
Lorsque la société absorbante détient 100 % des actions de la société absorbée, plusieurs simplifications s'ajoutent :
- Dispense d'AG pour les deux sociétés (absorbante ET absorbée)
- Dispense automatique du commissaire à la fusion selon l'article L. 236-11 alinéa 1er
Cette situation est la plus courante dans les groupes de restructuration classiques. Un exemple concret : une holding acquiert 100 % d'une filiale et souhaite la fusionner mère-fille. Aucun commissaire à la fusion n'est obligatoire.
La fusion à 90-99,99 % : une demi-simplification
Le scénario devient plus complexe lorsque la détention se situe entre 90 % et 99,99 %. Dans ce cas :
- La dispense d'AG pour l'absorbante subsiste
- L'AG de l'absorbée reste obligatoire (vote des minoritaires)
- Un commissaire à la fusion peut être dispensé, mais sous certaines conditions
L'article L. 236-11 alinéa 2 précise que la fusion à 90 % permet la dispense du commissaire si :
- Aucun actionnaire minoritaire (minorité > 5 %) ne s'y oppose
- Les deux sociétés satisfont les critères de petite ou moyenne entreprise (sauf cas spécifiques)
En pratique, même à 90 %, il est prudent de désigner un commissaire à la fusion pour éviter tout contentieux ultérieur avec les minoritaires.
Commissaire aux apports vs. Commissaire à la fusion : ne pas confondre
Les deux rôles distincts
C'est un point souvent source de confusion. Il faut distinguer deux missions :
Pourquoi la distinction importe
Dans une fusion simplifiée à 90-100 %, la dispense du commissaire à la fusion s'explique par l'existence d'une majorité qualifiée de contrôle. En revanche, si la fusion implique des apports en nature (immobilier, brevets, fonds de commerce...), un commissaire aux apports peut rester nécessaire pour certifier ces éléments.
Quand le commissaire reste obligatoire, même en fusion simplifiée
Les situations sans dispense possible
Même en fusion mère-fille, certaines situations exigent le maintien d'un commissaire :
- Apports en nature significatifs
- Un fonds de commerce, un portefeuille immobilier, des actifs intangibles
- La mission de certification devient incontournable
- Fusion impliquant des titres en SARL ou EIRL
- Les parts de SARL entraînent souvent une exigence de certification plus stricte
- Obligations contractuelles ou statutaires
- Les statuts des sociétés peuvent imposer un commissariat
- Certains contrats de financement l'exigent
- Opposition des minoritaires
- En fusion à 90-99,99 %, si un minoritaire s'oppose formellement à la dispense, le commissaire devient obligatoire
Le cas des dettes et passifs
Attention : bien que la fusion permette une simplification, le commissaire doit vérifier l'exactitude du passif. Une fusion mal préparée sur ce point peut créer des contentieux post-fusion.
Avantages pratiques de la fusion simplifiée
Gain de temps et d'argent
Pour un groupe de PME réalisant des fusions régulières, l'économie est substantielle.
Simplification administrative
- Pas de convocation d'AG pour l'absorbante (économie d'impression, d'envois, de secrétariat)
- Procédure judiciaire accélérée (dépôt au greffe plus rapide)
- Prise d'effet immédiate possible sans délai d'attente
Les limites et risques à considérer
Les pièges à éviter
Dispense ≠ Imprudence. Même si la loi autorise la dispense, certains groupes maintiennent un commissaire pour des raisons prudentielles :
- Audit interne de qualité
- Un tiers certifie la fiabilité des données comptables
- Réduit les risques de réclamation ultérieure
- Apaisement des minoritaires
- Même à 100 %, certaines familles d'actionnaires exigent une expertise indépendante
- Conformité bancaire
- Les banques prêteuses peuvent exiger un rapport d'expert
Conséquences d'une mauvaise anticipation
Omettre à tort la nomination d'un commissaire peut entraîner :
- Nullité de la fusion si le commissaire était légalement requis
- Responsabilité des organes sociaux vis-à-vis des créanciers ou actionnaires
- Retard dans la prise d'effet (en cas de découverte tardive)
Procédure simplifiée : étapes clés
Pour une fusion mère-fille à 100 %
Étape 1 : Rédaction du traité de fusion
- Définir les apports réciproques
- Fixer la date d'effet
- Préciser les modalités de remboursement du capital de l'absorbée
Étape 2 : Approbation des organes sociaux
- Pour l'absorbante : conseil d'administration ou AG (selon statuts)
- Pour l'absorbée : idem
- Pas d'AG requise légalement, mais statuts peuvent l'imposer
Étape 3 : Pas de commissaire requis (sauf apports en nature)
Étape 4 : Dépôt au greffe et publication
- Délai court : publication légale sous 15 jours
- Prise d'effet : date prévue au traité ou automatique après publication
Pour une fusion à 90-99,99 %
Les mêmes étapes, mais :
- AG requise pour l'absorbée (vote des minoritaires)
- Commissaire à la fusion recommandé (sinon opposition probable)
Tableau récapitulatif : quand le commissaire est-il obligatoire ?
Conclusion : une simplification à encadrer
La fusion simplifiée mère-fille à 90-100 % offre une véritable allègement des formalités, y compris la possibilité de dispenser le commissaire à la fusion.
Cependant, cette dispense doit être envisagée avec prudence et lucidité :
✓ Elle est vraiment possible et légale à 100 % sans apports en nature
✓ Elle économise du temps et de l'argent
✗ Elle comporte un risque légal si elle était obligatoire
✗ Elle peut compliquer les relations avec les minoritaires ou les créanciers
Avant de renoncer au commissaire, posez-vous ces questions :
- Existe-t-il des apports en nature à certifier ?
- Les minoritaires (même 1 %) s'y opposeront-ils ?
- Les banques ou créanciers l'exigent-ils contractuellement ?
- Y a-t-il un enjeu de valeur importante (>1 M€) justifiant une expertise ?
Pour aller plus loin avec Mozar
La fusion simplifiée est un outil puissant, mais elle exige une compréhension fine des règles. Chez Mozar, nos commissaires aux apports :
- Analysent votre situation pour déterminer si la dispense est réellement possible
- Interviennent comme commissaire si nécessaire, ou vous conseillent sur son inutilité


