La confusion entre commissaire aux apports et commissaire aux comptes est fréquente chez les dirigeants d'entreprise, leurs avocats et leurs experts-comptables. Les deux professionnels sont inscrits à la Compagnie nationale des commissaires aux comptes (CNCC), partagent une formation similaire et sont soumis aux mêmes règles déontologiques. Pourtant, leurs missions, leurs obligations légales et leurs modalités de désignation sont fondamentalement différents.
Le commissaire aux apports (CAA) intervient de manière ponctuelle, à l'occasion d'une opération spécifique : constitution de société avec apport en nature, augmentation de capital, fusion, scission ou transformation de forme sociale. Son rôle est d'évaluer la valeur des biens apportés et d'en certifier la réalité, afin de protéger les associés et les tiers. Une fois son rapport remis, sa mission prend fin.
Le commissaire aux comptes (CAC), lui, exerce une mission permanente de contrôle et de certification des comptes annuels. Son mandat s'étend sur 6 exercices pour les SA et 3 exercices pour les autres formes sociales. Sa présence est obligatoire au-delà de certains seuils légaux — total de bilan, chiffre d'affaires, effectif — ou peut être volontaire pour les sociétés souhaitant renforcer leur crédibilité financière.
Cette distinction essentielle a des conséquences directes sur le coût, la durée d'intervention et les modalités de désignation de chacun. Le tableau comparatif ci-dessous synthétise les 11 critères clés permettant de différencier clairement ces deux missions.
Tableau comparatif détaillé
Pourquoi le CAC ne peut-il pas être CAA de la même société ?
L'article L.822-11 du Code de commerce pose le principe d'incompatibilité. Le CAC, qui contrôle les comptes de manière permanente, ne peut pas évaluer les apports en nature de la même société car :
- Il contrôlerait ensuite sa propre évaluation (auto-révision)
- Son indépendance serait compromise vis-à-vis de l'opération
- Les tiers ne pourraient plus se fier à l'objectivité du rapport
Peut-on avoir un CAA sans CAC ?
Oui, absolument. La majorité des PME françaises (SARL, SAS) n'ont pas de CAC car elles ne dépassent pas les seuils obligatoires. Mais elles peuvent avoir besoin d'un CAA pour une opération ponctuelle d'apport en nature. Les deux missions sont complètement indépendantes.
Cas particulier : le CAC en tant que commissaire à la transformation
Lorsque la société a un CAC et se transforme (ex: SARL en SAS), c'est le CAC qui établit le rapport sur les capitaux propres (art. L.224-3). Pas besoin de nommer un commissaire à la transformation supplémentaire.
Quand faut-il nommer un commissaire aux apports ?
Le recours à un commissaire aux apports est obligatoire dans plusieurs situations prévues par le Code de commerce :
- Lors de la constitution d'une société (SARL, SAS, SA, SCI…) dès lors qu'un associé apporte un bien en nature dont la valeur dépasse 30 000 € ou représente plus de la moitié du capital social.
- Lors d'une augmentation de capital avec apport en nature, quel que soit le montant.
- Lors d'une fusion ou d'une scission, pour évaluer les éléments d'actif transmis et contrôler la parité d'échange.
- Lors d'une transformation de forme sociale, pour certifier que les capitaux propres sont au moins égaux au capital social.
À l'inverse, le commissaire aux comptes est nommé de manière obligatoire uniquement lorsque la société dépasse deux des trois seuils légaux : total de bilan supérieur à 4 millions d'euros, chiffre d'affaires net supérieur à 8 millions d'euros, ou effectif de plus de 50 salariés. En dehors de ces seuils, sa désignation reste possible à titre volontaire.
Responsabilité civile et pénale : CAA vs CAC
Les deux professionnels engagent leur responsabilité civile et pénale dans l'exercice de leur mission, mais sur des objets différents.
Le commissaire aux apports engage sa responsabilité sur la valorisation des apports en nature. En cas de surévaluation intentionnelle ou de manquement aux diligences professionnelles imposées par la norme d'information V (NI V) de la CNCC, il peut être tenu solidairement responsable avec les fondateurs. Le rapport du CAA est annexé aux statuts ou au procès-verbal d'assemblée et engage l'auteur sur son contenu.
Le commissaire aux comptes engage sa responsabilité sur la certification des comptes annuels. Une certification erronée peut exposer le professionnel à des poursuites civiles de la part des actionnaires ou de tiers, ainsi qu'à des sanctions disciplinaires devant la CNCC.
Dans les deux cas, la responsabilité est appréciée au regard du respect des diligences professionnelles définies par les normes d'exercice professionnel en vigueur, et non sur le seul résultat économique de l'opération.


